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Analyse 2ème trimestre 2013 : comportements de paiement des entreprises

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Les retards de paiement sont au plus haut depuis trois ans, au-delà de 14 jours en moyenne, lestés par l’Italie (20 jours) et le Portugal (33 jours) où ils dérapent fortement. En France, ils se réduisent timidement à 12 jours. En moyenne sur le deuxième trimestre 2013, les retards de paiement des entreprises européennes analysés par ALTARES au travers des balances âgées des entreprises sont de 14,3 jours. Il s’agit du niveau le plus élevé depuis le printemps 2010 où ils avaient atteint 14,4 jours.

Les tensions les plus fortes sont observées en Italie où les entreprises repassent au-dessus du seuil des 20 jours avec 20,3 jours de retard. Il faut remonter cinq ans plus tôt, à fin 2008, pour trouver des chiffres aussi élevés avec 20,6 jours en moyenne. De fait, entre 2012 et 2013, les retards de paiement des entreprises italiennes ont augmenté de cinq jours.

Les résultats sont contrastés en péninsule ibérique avec des retards de paiement à près de 33 jours au Portugal tandis qu’ils sont au plus bas depuis ces quatre dernières années en Espagne avec 18,3 jours.
Avec 15 jours de retard en moyenne, la Grande-Bretagne confirme le redressement régulier amorcé depuis trois ans.
En France, les retards s’améliorent légèrement à 12 jours.

Finalement, le podium des meilleurs payeurs reste inchangé en ce second trimestre 2013 en dépit d’un léger durcissement en Allemagne proche de 6 jours et aux Pays-Bas de 9 jours. La Belgique en troisième position avec des retards au plus bas, inférieurs à 11 jours.

Les entreprises françaises championnes d’Europe des petits retards (1 à 15 jours).

Le deuxième trimestre 2013 marque une timide amélioration par rapport au début d’année. Si le retard de paiement moyen a buté sur les 12 jours, il amorce un léger mouvement de baisse par rapport au 1er trimestre où il était en moyenne de 12,3 jours.
Mais cette tendance est trop modeste pour inverser un ratio encore insuffisant. Moins d’une entreprise française sur trois (31,7 %) paye ses fournisseurs à temps. Le taux de bons payeurs est ainsi inférieur de 10 % à la moyenne européenne.
De nombreux règlements sont décalés de 1 à 15 jours après la date d’échéance prévue. 36,7 % des entreprises retardent ainsi leurs paiements de moins de 15 jours, un record en Europe.

La France confirme là une mauvaise habitude qui n’est évidemment pas sans risque pour le fournisseur. En effet, l’observation comparée de l’évolution des dépôts de bilan et des « petits » retards sur quinze ans démontre ce risque associé. Les retards de paiement inférieurs à 15 jours, trop souvent considérés comme seulement d’ordre technique, rythment les tendances de défaillances d’entreprise.
Par ailleurs, plus du quart (26,2 %) des entreprises françaises présentent des retards de paiements de 15 à 30 jours.
Néanmoins, les entreprises françaises se comportent mieux que leurs concurrentes européennes sur les retards supérieurs à 30 jours. Elles sont 5,4 % contre 9,5 % en Europe à repousser le paiement des factures d’au-moins un mois. Ce seuil de 30 jours est crucial en termes d’accélération du risque. Une société payant ses fournisseurs avec un tel retard présente un risque de déposer le bilan multiplié par 6.

Plus de 9 ETI et GE sur 10 payent leurs fournisseurs en retard

Les Entreprises de Taille Intermédiaire (ETI) et Grandes Entreprises (GE) tardent toujours à régler leurs fournisseurs et sous-traitants. Seules 9,2 % les payent sans retard sur le deuxième trimestre 2013 avec une tendance à la baisse, puisqu’il était de 9,6 % au premier trimestre. Ces grands acteurs économiques règlement majoritairement (55,7 %) leurs fournisseurs avec des retards compris entre 1 et 15 jours. La proportion de longs retards – supérieurs à 30 jours – est en recul, sous le seuil des 3 % avec 2,9 %. Exprimés en jours, ces décalages de paiement se situent en moyenne à 12 jours.

Les PME (10 à 249 salariés) sont encore moins d’une sur quatre (23,8 %) à respecter les dates d’échéance mais ce taux est en très légère amélioration sur trois mois (23,6 % au 1er trimestre). Cette modeste détente sur les conditions de paiement est peu perceptible sur le retard moyen constaté puisque celui-ci s’établit à 11,5 jours contre 11,6 jours il y a trois mois.

Les micro-entreprises (< 10 salariés) semblent fournir davantage d’effort. 37,3 % payent leurs fournisseurs à temps contre 36,3 % il y a trois mois. Ce taux en hausse reste toutefois sensiblement en-dessous de celui observé il y a un an. Sur le deuxième trimestre 2012, 39 % des micro-entreprises respectaient les échéances de paiement. Sur le front des grands retards (supérieurs à 30 jours), la situation s’améliore (6 % au T2 contre 6,3 % au T1 et 6,4 % au T4 2012). Dans ces conditions, le retard moyen de paiement s’établit à 11,5 jours contre 11,7 jours en début d’année.

Le cap des trois-cinq ans est compliqué pour les jeunes entreprises

Les tendances âge – taille sont généralement comparables. Ainsi, les jeunes entreprises comme les plus petites apparaissent plus vertueuses en matière de paiement. Observons, cependant, que la période des trois-cinq ans reste difficile.
37,3 % des entreprises de moins de trois ans (contre 36 % trois mois plus tôt) payent leurs fournisseurs sans retard. Elles sont à peine plus d’un quart (25,4 %) pour celles de plus de 50 ans.

La tranche trois à cinq ans est cruciale pour beaucoup d’entreprises, le tiers des créateurs ne fêtent pas leur troisième anniversaire. Cette situation est confirmée par l’analyse des comportements de paiement. Si près d’un tiers (32,9 %) ne présentent pas de retard de paiement, plus de 8 % (8,1 %) reportent le règlement de leurs fournisseurs de plus de 30 jours signe de trésoreries délicates. Ces tensions se traduisent par un retard moyen proche de 14 jours en moyenne.

Légère reprise sectorielle, à l’exception de l’immobilier, l’informatique, l’élevage et l’administration

De nombreux secteurs confirment la modeste détente constatée ce trimestre en matière de comportement de paiement. Néanmoins, quatre activités peinent à résister.
Dans l’immobilier, tout d’abord, la proportion de sociétés respectant les délais de règlement, déjà faible, se réduit encore. Seulement 22,7 % payent leurs fournisseurs à l’échéance contre 23,1 % en début d’année.
Davantage critique, une société sur dix (10,5 %) dans ce secteur retarde ses règlements de plus de 30 jours. Le retard moyen reste proche de 17 jours.

Les services informatique & édition de logiciels sont également moins respectueux des délais ce trimestre que le précédent. Moins de 30 % (29,8 %) payent sans retard contre 30,3 % au cours du premier trimestre 2013. Le retard moyen s’allonge légèrement à 13,3 jours contre 13,1 jours.

Dans l’agriculture, la branche élevage se tend. 36,7 % des éleveurs respectent les délais de règlements, ils étaient 37,5 % trois mois plus tôt.

L’administration montre également des signes de durcissement des conditions de paiement. 35,2 % payent les fournisseurs sans retard, c’est 0,5 % de moins qu’en début d’année. Pour autant, les retards sont globalement contenus : 3,3 % seulement des reports sont supérieurs à 30 jours permettant au retard moyen de demeurer sous les 10 jours (9,3 jours).

Dans les autres secteurs, la proportion de bons payeurs (sans retard) tend à augmenter.

En dépit d’une légère amélioration, le transport routier de marchandises conserve cependant des comportements de paiement moins vertueux que l’ensemble des activités. Moins d’un transporteur sur cinq (19,8 %) règle ses fournisseurs à temps et 7,2 % avec un décalage supérieur à 30 jours. Dans ces conditions, le retard moyen constaté se fixe proche de 15 jours.

La restauration et les débits de boisson conservent les retards de paiement moyens parmi les plus importants à respectivement 16,8 jours et 18,7 jours. Les services aux entreprises ne parviennent pas à descendre sous le seuil des 14 jours de retard de paiement.

Le bâtiment, l’industrie manufacturière et le commerce de détail montrent l’exemple avec des retards moyens sous les 11 jours à 9,3 jours pour le premier et 10,8 jours pour les deux autres secteurs.

Des conditions de paiement globalement plus favorables à l’ouest

La carte de France évolue peu. Les entreprises dont le siège se situe dans un quart Nord-Nord-Est et celles installées en Sud-Est sont, en moyenne, moins respectueuses des délais de règlement. A l’inverse, les comportements de paiement sont meilleurs à l’Ouest.
Derrière ces grands repères toutes les régions n’offrent, toutefois, pas les mêmes tendances ce deuxième trimestre.
Si de nombreuses régions donnent des signaux faibles d’amélioration, d’autres sont davantage à la peine.
Basse-Normandie, Haute-Normandie, Nord-Pas-de-Calais et Picardie ne parviennent pas à augmenter la part des règlements effectués sans retard.
Champagne-Ardenne, Languedoc-Roussillon et Provence-Alpes-Côte-d’Azur enregistrent en revanche un recul des paiements sans retard.

Le cas de la société B-Call

Ce centre d’appel créé il y a trois ans a fait l’objet d’une procédure de redressement judiciaire (RJ) fin mai 2013 qui s’est soldée par une liquidation judiciaire (LJ) un mois plus tard.

La panne d’activité à l’origine des difficultés de la société était d’autant plus délicate à valider qu’aucun bilan n’a été publié depuis sa création.
Pourtant, un an avant le prononcé du RJ, l’analyse par le programme DunTrade des balances âgées confiées par des fournisseurs avait constaté une dégradation des comportements de paiement de l’entreprise.
Le seuil des 30 jours de retard a été franchi à l’été 2012, avec une probabilité de défaillance multipliée par 6. Les difficultés de règlement n’auront de cesse de s’accélérer : supérieurs à 60 jours à fin 2012, proches des 90 jours en février 2013, au-delà des 100 jours en avril, quelques semaines avant le redressement judiciaire.

Un an, voire deux ans, avant le RJ, les fournisseurs et partenaires avaient la possibilité d’être alertés des difficultés de la société et d’anticiper sa possible fermeture.
Cette connaissance avancée des comportements de paiement est un facteur essentiel de transparence économique, a fortiori lorsque, comme c’est le cas pour cette société, les comptes annuels ne sont plus publiés.
Elle permet aux fournisseurs d’être alertés très tôt des difficultés de trésorerie rencontrées par leurs clients et leur donne ainsi les moyens d’arbitrer leur politique crédit, non seulement pour piloter leur BFR mais aussi pour éviter de tomber à leur tour dans la défaillance.

Rappelons-le, une défaillance sur quatre est due à des retards de paiement clients.

Les retards de paiement en forte hausse en Italie et au Portugal

Les retards de paiement des entreprises européennes avaient atteint des valeurs hautes durant la crise (15 jours en moyenne en 2009). Ils s’étaient ensuite contractés jusqu’à se rapprocher des 13 jours début 2012.
Depuis un an, les comportements de paiement se dégradent à nouveau : désormais le seuil des 14 jours de retard est à nouveau dépassé. En moyenne, les entreprises européennes règlent leurs fournisseurs 14,3 jours après la date d’échéance des factures. C’est le plus mauvais chiffre depuis le premier trimestre 2010 (14,4 jours) nous éloignant du niveau d’avant-crise (12,5 jours).
Illustration de cette dégradation, au cours du deuxième trimestre 2013, 41,6 % des entreprises européennes règlent leurs factures à l’échéance, c’est-à-dire à la date convenue contractuellement avec le fournisseur, elles étaient 42,4 % trois mois plus tôt.

Davantage révélateur de la fragilité des trésoreries des entreprises, le taux de retards supérieurs à 30 jours dérape aussi. 9,5 % des entreprises européennes (contre 9,1 % sur le premier trimestre 2013) reportent leurs paiements d’au moins 30 jours ; cette situation n’avait plus été observée depuis début 2010. On s’approche donc du cap des 10 % qui avait été atteint fin 2008. Ces chiffres masquent, néanmoins, une forte dichotomie des règlements en Europe. Pendant que le Nord de l’Europe veut montrer l’exemple, le Sud est à la peine. L’Italie et le Portugal décrochent. Entre les deux, l’Espagne est sur la voie du redressement, la France résiste.

Les retards de paiement des entreprises italiennes et portugaises pèsent sur la performance européenne

L’Italie est inscrite sur une trajectoire compliquée. Depuis le deuxième trimestre 2012, les fournisseurs des entreprises italiennes doivent supporter un allongement des délais de règlements clients. Ramenés à 15,3 jours début 2012, les retards de paiement ne cessent d’augmenter depuis et franchissent désormais la barre des 20 jours (20,3).
Cette rapide dégradation (cinq jours de retard supplémentaires sur un an) porte le retard moyen à un niveau atteint à seulement deux reprises depuis 18 ans : celui-ci avait dépassé 23 jours début 1995 puis 20 jours (20,6) fin 2008.

Ce durcissement des paiements se traduit par une recrudescence de grands retards : 16,8 % des entreprises transalpines décalent les règlements de plus de 30 jours après l’échéance de la facture. Ce taux s’est accru de 5 % sur un an.
Le Portugal connait également des pics historiques. Le retard moyen approche 33 jours (32,9 jours), soit 7 jours de plus qu’en début d’année 2012. Ces reports sont d’autant plus critiques pour les fournisseurs qu’is s’ajoutent à des délais contractuels, au Portugal comme en Italie, bien supérieurs (90 à 120 jours) à ceux pratiqués sur le Nord Europe (30 – 60 jours) voire en France (généralement 30 – 60 jours pouvant aller au-delà sur accords dérogatoires). Plus d’une entreprise portugaise sur cinq (26,3 %) paye ses fournisseurs avec plus de 30 jours de retard par rapport à la date d’échéance initialement convenue.

L’Espagne se démarque de ses voisins portugais et italiens. Le pays est encore loin de la moyenne européenne mais les efforts à combler l’écart sont réels. Sur le deuxième trimestre 2013, les entreprises espagnoles règlent leurs factures avec un retard de 18,3 jours soit désormais 4 jours de plus de la moyenne européenne. Il y a seulement trois ans, la différence était encore de 10 jours.
Cette amélioration est sensible sur les retards supérieurs à quinze jours. Bien qu’encore fréquents (28,5 % des règlements), ceux-ci sont en recul de 1,5 % en trois mois.

L’Allemagne toujours leader, les Pays-Bas résistent

La première puissance économique de l’Union européenne est aussi la plus vertueuse en matière de délais de règlements fournisseurs rappelant ainsi que le respect des dates de facture est un facteur de développement économique et non un frein. Sur ce deuxième trimestre 2013, plus des trois quart (76,2 %) des entreprises allemandes payent leurs fournisseurs sans retard voire en avance. Dans ces conditions, le retard moyen constaté (environ 6 jours) est deux fois inférieur à celui observé en France (12 jours).
En dépit de la légère contraction observée ce trimestre (78,1 % de paiement sans retard en T1), le taux de sociétés respectant les délais de paiement gagne 3 % par rapport au T2 2012.

Le voisin néerlandais reste lui aussi installé sur le podium européen mais les conditions de paiement se tendent un peu. En effet, le retard moyen augmente d’une journée en seulement trois mois mais demeure très inférieur à la moyenne européenne (9,1 jours contre 14,3 jours). La barre des 9 jours n’avait plus été franchie depuis trois ans. Les bons payeurs restent majoritaires dans le pays où 50,2 % (contre 52,6 % trois mois plus tôt) règlent leurs fournisseurs sans retard. Seuls 4,4 % reportent leurs paiements de plus de 30 jours.

Grande-Bretagne et Belgique poursuivent leur redressement

En Grande-Bretagne, les retards de paiement sont au plus bas depuis mars 2008 à 15 jours. Ils avaient approché 19 jours durant la crise. Si encore moins d’une entreprise britannique sur trois (29,9 %) paie ses fournisseurs sans retard, ce taux a gagné 5 % depuis début 2012. Pour autant, les grands retards subsistent : 9,2 % des entreprises reportent leurs règlements de plus de 30 jours, taux proche de la moyenne européenne (9,5 %).

La Belgique confirme l’amélioration engagée depuis l’été 2010. Le retard de paiement moyen a ainsi été ramené de plus de 14 jours en 2009 et 2010 à désormais moins de 11 jours (10,9 jours), un niveau historiquement bas.
Dans ces conditions, la proportion de bons payeurs (sans retard) monte à 46,1 %, soit 5 % de mieux que la moyenne européenne.

Les retards de paiement pénalisent fortement le développement des entreprises et handicapent les relations commerciales locales et transfrontalières. L’étude des balances âgées des entreprises réalisée par ALTARES grâce au réseau mondial D&B ne cesse de confirmer la corrélation entre faillite et délais de paiement. La rupture de la chaîne de trésorerie met les micro-entreprises et les PME en première ligne du processus de défaillance, comme le martèle la Commission européenne dans sa campagne de sensibilisation des acteurs économiques des 28 États membres aux droits conférés par la directive 2011/7/UE. Il est fondamental pour les entreprises de se renseigner sur leurs partenaires commerciaux dans une démarche résolument proactive.
Pourtant, en France, de façon résignée, la pratique consistant à décaler les règlements fournisseurs de quelques jours est jugée acceptable. Mais les faits sont têtus : sur ce deuxième trimestre, plus de 36 % des entreprises qui ont fait faillite présentaient des retards a priori « moindres » car inférieurs à 15 jours. Elles laissent alors derrière elle des dettes irrécouvrables pour un créancier qui ne peut alors que regretter d’avoir laissé filer les retards et sa trésorerie, mettant ainsi en péril sa propre activité.
La loi LME et la Médiation des relations inter-entreprises ont permis des progrès mais le diable est dans les détails, et dans un contexte économique difficile, la tentation est grande de revenir à des pratiques quelquefois peu loyales pour optimiser un cash qui peut faire défaut. Il est donc fondamental que les entrepreneurs redoublent d’attention sur la qualité des paiements de leurs clients français et étrangers

L’analyse de Thierry Millon, Responsable des Etudes Altares.
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